Archives pour mai 2010


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L’heure bleue, de Massimo Scotti et Antonio Marinoni

l'heure bleue

Tony Tanner, représentant en philatélie, trouve abandonné sur le banc d’une gare un livre dans une reliure ancienne assez mystérieuse. Il parcourt les premières pages avec curiosité, il s’agit du journal intime d’une jeune fille du XVIII siècle, Hortense des Orphées… Il décide de l’emporter pour se distraire pendant son voyage en train.

 

La jeune fille évoque sa rencontre avec un étrange personnage, érudit distingué, fin politique, ce gentilhomme était connu de toutes les cours d’Europe pour ses dons de magicien et d’alchimiste. Certains le prétendaient même immortel… Il se faisait appeler Comte de St Germain, sans qu’on ait beaucoup de précision sur ses origines véritables. Sur le chemin de ces multiples vies, le comte croisa donc un jour Hortense. Follement amoureux, il tenta de la persuader de boire elle aussi l’elixir d’immortalité et de s’enfuir avec lui…

 

 

 

L’heure bleue est un album magnifique, mais à part. Car son histoire est étrange et onirique, peu habituelle pour une imagination enfantine. Car ses illustrations sont pleines de poésie, utilisant un procédé peu habituel pour des yeux enfantins. Le titre à lui seul est évocateur : l’heure bleue, c’est le moment entre le jour et la nuit où le ciel se remplit presque entièrement d’un bleu pâle plus foncé que le bleu ciel du jour. En été, cette heure est réputée la meilleure pour sentir les parfums des fleurs : l’héroïne de cet album se prénomme Hortense, qu’on peut penser dérivé de la fleur hortensia, qui peut être bleue.

 

 

 

Donc, Tony Tanner va trouver le journal intime de cette jeune Hortense abandonné sur un banc, et pour cet homme divorcé, qui ne sait plus trop bien où il en est, ce carnet va ouvrir tout un monde d’amour, qui verra sa concrétisation -si je peux dire- par l’apparition de la demoiselle dans son wagon de train. D’autres surprises viendront émailler le voyage du philatéliste. Dans un langage ni pédant ni enfantin, le récit d’Hortense est touchant et émouvant, récit d’un amour impossible, comme dans les contes de fées. La rencontre de l’homme moderne et de la femme du passé va donner lieu à un dialogue tout en retenue, pudique.

 

 

 

On apprendra que la  jeune fille est amoureuse d’un homme mystérieux, personnage historique dont les adultes ont très certainement déjà entendu le nom à défaut d’en connaître plus sur lui, le Comte de St Germain. Pour rappel à ceux qui me lisent, ce dernier, familier de Louis XV, peintre, parlant plusieurs langues, chercheur alchimiste, riche, dont il disait qu’il avait certainement une ascendance royale,  tombé en disgrâce pour espionnage, est entré dans la légende pour sa supposée (?!!) immortalité. Rumeur alimentée par des témoignages divers et variés, par un imposteur recruté pour le discréditer et par lui-même qui avait le don de parler d’événements fort reculés comme s’il y avait assisté. Bref, vous l’avez compris, un personnage complexe ! Les adultes le situeront donc sans trop de problèmes, pour les enfants, il est clair que non. Il leur apparaîtra comme un personnage merveilleux, qui ne peut pas mourir et donc admirable. Ici,  parents et enfants y trouvent leur compte, à égalité.

 

 

La puissance de l’album, c’est le mariage très réussi entre le texte et les illustrations, qui ne sont pas forcément illustratives. C’est-à-dire que quelquefois, elles devancent le texte ou seulement le complètent, comme un passage silencieux, un peu comme au cinéma muet, où l’écrit narre ce qu’il n’est pas possible de raconter avec des images et où celles-ci se suffisent à elles-mêmes par ailleurs. D’ailleurs, le point de vue choisi du wagon de train avec ces deux personnages devant la fenêtre est assez typique du cinéma, notamment hitchcockien, un plan resserré qui en même temps nous ouvre des perspectives sur les paysages que traverse le train.

 

 

On peut ressentir également l’impression d’une scène de théâtre, théâtre d’ombres magique, car  des personnages, on ne voit que des silhouettes  noires, ce qu’on appelle en marionnettes des profils. Les décors, eux, sont dessinés, et les paysages sont tirés de gravures historiques -dont on retrouve toutes les références en fin d’album. Ce jeu de contrastes entre noir et blanc, noir plein et couleurs, en alternance avec des pages de textes sur fonds plats très colorées, parsemées régulièrement d’angelots ou d’éros, participe aussi à la mise en scène de l’intrigue.

 

 

 

Bref, une réussite, vous l’aurez compris. On est intrigué par le mystère qui se dégage de la narration, un peu comme la fragance de cette heure bleue où Hortense se révèle peu à peu. On est ému par cette love story du XVIIème siècle qui vient bouleverser la vie d’un homme d’aujourd’hui et donc un peu la nôtre (ou comment le passé fait irruption dans le présent, non sans conséquences). On admire la réalisation, qui sert remarquablement le propos : où se situe la frontière entre fiction et réalité, entre vie et mort, entre intérieur et extérieur, apparences et profondeur, entre le mouvement et le fixe. C’est le temps qui défile au cours du voyage, on remonte le temps et en même temps on ne peut s’empêcher d’aller de l’avant.

 

 

J’ai bien évidemment été très sensible aux couleurs, aux graphismes, à ce parti pris scénique, à ce mini-théâtre aussi bien textuel que visuel, moi qui vient du spectacle, ayant monté un spectacle de théâtre et marionnettes pour les enfants.

 

 

Je n’ai pas lu encore cette histoire à Rose et Violette, qui je pense ne sont pas encore prêtes. Ce livre est d’ailleurs plutôt conseillé à partir de 7 ans. On y parle de la mort, sujet sensible à aborder avec les enfants, et que cet album peut aider à dédramatiser, d’une manière originale. Ici, le petit lecteur ne s’identifiera probablement pas à l’un ou l’autre des protagonistes, il sera plutôt spectateur et donc placé plus en position de « penseur »… Le grand, lui, appréciera tous les messages et les références, qui lui apparaîtront plus clairement qu’aux enfants.

 

 

Le petit plus : Naïve Editions a publié un autre album illustré par Antonio Marinoni, Velours.

 

Merci qui ? Merci à Naïve Editions, et particulièrement à Camille, pour l’envoi grâcieux de bel objet, et pour m’avoir fait confiance, suite à mon article sur Ma pieuvre et moi de Béatrice Fontanel

 

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logo Naïve  challenge albums 5/24 tour du monde 10/50
 

Les Âmes vagabondes, de Stephenie Meyer

les âmes vagabondes

 

La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Mélanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, il y a un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ?  

 

Après avoir lu et apprécié la série Twilight à sa juste valeur, je me suis lancée dans ce nouvel opus de la dame Meyer, avec un peu d’appréhension, m’attendant à y retrouver un succédané de sa saga vampiresque. Et je me suis trompée !

 

Autant j’ai trouvé Twilight franchement adolescent, autant Les Âmes vagabondes m’a semblé plus mature, tant au niveau de l’intrigue que de l’écriture. Tout d’abord, ici, point de vampire, donc de bit-lit, mais de la SF, science-fiction au demeurant très sympathique… Oui, j’ai bien aimé ce roman. Des petits moments de poésie avec la description des différentes peuplades extraterrestres, et leurs noms évocateurs, en passant par les dialogues entre Mel et Vagabonde, l’hôte et l’âme, mais aussi la découverte de cette dernière de l’humanité, de la Terre, pour terminer par les émotions qu’a su très bien rendre Stephenie Meyer.

 

Oui, j’assume, j’ai beaucoup aimé… et pleuré aussi ! Une vraie madeleine, terrible !  Habilement, l’auteur nous entortille : Vagabonde est attachante, très attachante même, alors qu’on s’apprête dès le départ à la détester, elle, l’envahisseur. On entre d’ailleurs tout de suite en résistance, contre elle, contre les âmes, et tout ce qu’elles représentent : l’aliénation des personnalités humaines dont elles occupent les corps. Pas étonnant, vu que nous sommes humains, nous, lecteurs ! Logiquement et immédiatement, on prend le parti de Mélanie, un sacré personnage, qu’on découvrira petit à petit, tout comme son « parasite ».

 

Sans trop spoiler, puisque dès le début, c’est ainsi que ça se passe, Mélanie résiste et on assiste au combat de deux volontés… L’évolution des deux femmes est très intéressante, sachant qu’on suit l’histoire  du point de vue de Vagabonde, Mélanie nous laissant accès à quelques-uns de ses souvenirs par l’intermédiaire de celle-ci. Et puis, tout l’univers, le mode de vie des âmes est bien construit ; pacifiques,  paradoxalement, elles envahissent les mondes pour pouvoir les améliorer. C’est dire si, nous, Terriens, les intéressons avec nos gros défauts : violents, tyranniques, pollueurs, capitalistes… Cela peut sembler un peu caricatural, comme ça, mais on peut dire que ce livre parle des préjugés, des apparences auxquelles il ne faut pas se fier.

 

Une des qualités de ce roman, c’est de parler de l’âme et du corps, de la séparation entre les deux, telle  que les chrétiens l’envisagent. Croyante mormone, il ne fallait pas en attendre moins de Stephenie Meyer. Ainsi les caractéristiques principales qu’elle prête aux âmes -l’honnêteté, l’intégrité, l’obéissance aux lois-, sont des précepts de son Eglise, tout comme le travail. Il faut savoir que les membres de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours ont foi en un Jésus martyr qui a lavé le monde de ses pêchés. Et Vagabonde, passez-moi l’expression, vit un véritable chemin de croix une bonne partie du livre.

 

Alors, certes, il y a sûrement des messages derrière ce roman. Mais, c’est bien écrit (bien traduit, sans coquille !), ça coule fluide et se laisse lire très facilement sans pour autant céder à la facilité d’un vocabulaire simpliste, c’est très bien fait, empathiquement parlant -car ici, plus que d’invasion extra-terrestre, il est surtout questions de relations humaines et non-humaines-, et l’histoire se tient vraiment bien. En conclusion, pas de remords à avoir en lisant Les Âmes vagabondes, on n’est pas obligé d’y voir des messages cachés d’une église aux croyances et pratiques un peu étranges (le mariage plural était courant chez eux jusqu’en 1900 environ), et simplement se laisser charmer par cette histoire qui mêle amour, suspense, SF, humour aussi, action.

 

Bref, un chouette moment en compagnie de ce premier roman pour adultes de la reine des amours adolescentes au royaume des vampires.

 

Le petit plus : Stephenie Meyer a vendu les droits de son livre, et une adaptation cinématographique verra le jour en 2011 avec Andrew Nicol aux commandes, le réalisateur de Bienvenue à Gattaca (à voir absolument) et The Lord of War et le scénariste de The Truman Show et du Terminal.

 

Le petit plus du plus : La rumeur court d’une suite, en deux romans, The Soul et The Seeker.

 

Merci qui ? Merci à Livraddict et au Livre de Poche, pour ce partenariat, qui m’a tiré des larmes mais m’a réconcilié avec le style de l’auteur.

 

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Le chien des Baskerville, de Sir Arthur Conan Doyle

le chien des baskerville

Des cris lugubres résonnent sur la lande…
Et voici que la légende prend corps. Un chien énorme, créature fantomatique et infernale, serait à l’origine de la mort de sir Charles Baskerville. Maudit soit Hugo, l’ancêtre impie et athée, qui provoqua, en son temps, les forces du mal !
Mais Sherlock Holmes ne peut croire à de telles sornettes. Aussi, lorsqu’il dépêche le fidèle Watson auprès de sir Henry, l’héritier nouvellement débarqué d’Amérique, il ne doute pas de mettre rapidement fin à ces spéculations. Pourtant, la mort a frappé plusieurs fois sur la lande. Et le manoir est le théâtre de phénomènes bien étranges… Se peut-il que la malédiction des Baskerville pèse encore ?

 

 

 

Et voilà ! J’ai enfin lu mon premier Sherlock Holmes, et pourtant ce Chien des Baskerville est un roman écrit alors que Conan Doyle songeait sérieusement à se débarrasser de son héros.

 

D’emblée, je vous dis que j’ai vraiment aimé cette première incursion dans l’univers de Holmes et Watson. Ambiance sombre, gothique, fantastique, dans un manoir battu par le vent dans la lande (je n’ai pas pu m’empêcher de penser à La Chute de la Maison Usher, d’Egdar Alan Poe), après un séjour londonien dans l’appartement de Holmes, personnages bien campés, intrigue finement construite, le tout avec une économie de blablas vraiment sympathique. L’écriture de Doyle est très plaisante, vivante, d’autant que c’est le fameux Dr Watson, loin d’être l’imbécile que certains films nous ont donnés à voir, qui raconte au travers d’extraits de son journal et de lettres envoyées à son compère détective.

 

D’ailleurs, cette fois-ci, c’est Watson qui est aux premières lignes de l’enquête, mis en valeur, ainsi que l’amitié qui le lie à Holmes. Ce dernier, dont la vie entière semble tournée vers son métier, est un vrai puits de sciences dès qu’il s’agit de résoudre des énigmes. Pas d’ »Elémentaire, mon cher Watson », qui d’ailleurs a été inventé par le cinéma. Mais des démonstrations d’observations mises en lumière par la science et la bonne jugeote, le tout de façon très simple et accessible au lecteur sans plonger dans un dictionnaire.

 

Du côté de l’intrigue, on est emmené très facilement sur différentes pistes, des personnages sont sacrifiés -des méchants qui n’ont que ce qu’ils méritent, l’époque veut ça-, jusqu’au dénouement qu’on sent monter en puissance, grâce à une tension et une atmosphère pesante.

 

Bref, un bon moment policier avec ce classique.

 

Le petit plus : Sherlock Holmes a donné lieu à de nombreux pastiches, le premier d’entre eux ayant été créé par Maurice Leblanc dans La Vie Extraordinaire d’Arsène Lupin : Herlock Sholmès arrive trop tard (suite à une protestation de Conan Doyle, Leblanc avait changé le nom du détective), où si fort qu’il soit, et comme le titre l’indique, c’est notre gentleman-cambrioleur national qui l’avait emporté.

 

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